André Le Nôtre (1613-1700)

 
 

Premier paysagiste

André Le Nôtre (1613-1700) a été le plus important paysagiste de l'époque moderne. Fils et petit fils de jardiniers, il complète sa formation à la grande galerie du Louvre dans l'atelier du peintre Simon Vouet.  Succédé à son père dans la charge de dessinateur des jardins du roi (1637), il est appelé en 1655 par Nicolas Fouquet, surintendant des finances, sur le chantier du château de Vaux-le-Vicomte où il travaille avec l'architecte Louis Le Vau, l'horticulteur Jean-Baptiste La Quintinie et le peintre Charles Le Brun, lui aussi ancien élève de Vouet. Les jardins de Vaux-le-Vicomte représentent le point de départ d'une fulgurante succès autant pour l'équipe toute entière que pour le jardinier en particulier. Louis XIV, la riche aristocratie française, mais aussi princes et rois étrangers : tous font appel aux compétences de Le Nôtre. Entre 1662 et 1693, l'année de sa retraite officielle, il intervient, entre autres, à Versailles, aux Tuileries, à Saint-Germain en Laye, de Chantilly, de Clagny, à Maintenon, au Palais-Royal, à Saint-Cloud et à Meudon. 

Chaque réalisation de Le Nôtre est une réponse aux spécificités d'un site : le relief, la présence ou l'absence d'eau, les vues, l'exposition. À Chantilly, par exemple, les miroirs d'eau et le canal récupèrent l'eau d'un sol marécageux, comme du reste à Versailles pour la pièce d'eau des Suisses ou le Grand canal. À Sceaux, la plus grande partie du jardin se développe sur le côté du château, non dans l'axe, là où le terrain le permet. Cela fait en sorte que la grande cascade puisse tirer parti d'un immense dénivelé.

Dans tous ses projets, Le Nôtre magnifie la nature par le biais de la géométrie, en suivant un procédé qui découle aussi de la réflexion philosophique de son époque et du développement des sciences et des techniques concernant l'aménagement et l'organisation de l'espace. Le chantier et l'oeuvre sont en fait complètement liés. Autour de l'art des jardins, d'autres savoirs sont fédérés : la maçonnerie, la sculpture, l'ingénierie civile et militaire...

À cette époque est défini un code formel, « première grammaire de l'aménagement de l'espace », selon certaines recherches récentes, que l'on retrouve aujourd'hui réutilisé dans de nombreuses réalisations contemporaines. Notons particulièrement le traitement de la ligne d'horizon par les terrassements, la mise en situation de l'observateur dans l'espace, la prise en compte des différents effets d'optique produits par les caractéristiques topographiques des sites... Et également la transposition d'un vocabulaire classique : canal, belvédère, allées plein jalon, rampes...

Du détail au général et réciproquement, les réalisations de Le Nôtre entament un procédé d'emboîtement des échelles qui représente la clef de sa « maniera » artistique. Au sein des jardins de Versailles sont testées des techniques transposables au territoire, le jardin s'inspire lui-même, en les réinterprétant, de formes empruntées à la campagne : tracés, lisières, palissade, gestion de l'eau...

Au sein même des jardins, les différentes échelles s'alternent, des grands axes à l'intimité des bosquets, des espaces clos aux espaces ouverts.

Cette démarche se traduit par une savante réélaboration du vocabulaire formel des jardins italiens et par une mise en scène innovante et raffinée de la nature. En tirant parti autant des aménités que des accidents du site, Le Nôtre transpose aussi à l'échelle du jardin les importants aménagements infrastructuraux dont le royaume est à cette époque théâtre. Dans ce sens il est un classique. L'universalité de ses principes de compositions et sa démarche spécifique en font encore aujourd'hui une référence incontournable pour les paysagistes contemporains.