Session 1 : Vers de nouvelles pratiques d'aménagement

 
 

14h30-17h00 - Amphithéâtre
Modérateur : Denis Delbaere, ENSAP Lille

  • Elise Geisler, LAREP, ENSP Versailles : Qualification des paysages sonores de Kronsberg et Vauban.
  • Cedissia About de Chastenet, Université Paris-Est / ENSA Paris-La Villette : Contribution pour la caractérisation d'un paysage parisien dans une approche d'aménagement urbain durable.
  • Miriam Bennour, LAREP, ENSP Versailles / Institut Supérieur Agronomique de Chott-Mariem, Université de Sousse : Le patrimoine arboré de Tunis.
  • Anaïs Léger, Agrocampus Ouest, Angers : Nouveaux métiers et nouvelles pratiques paysagistes dans les projets d'urbanisme durable.
 
 
 
 

Résumés

Qualification des paysages sonores de Kronsberg et Vauban
Elise Geisler, LAREP, ENSP Versailles

Cette communication a pour objectif de faire une synthèse du travail de thèse intitulé : Élaboration d'une méthode de qualification du paysage sonore. Le cas des quartiers durables allemands Kronsberg et Vauban.

Ce travail s'inscrit dans une volonté de mieux prendre en compte la qualité de l'environnement sonore à des fins d'actions urbaines durables. Il a pour but d'élaborer une méthode de qualification transversale du paysage sonore, considéré comme l'ensemble des relations sonores que les habitants des quartiers durables ont à leur territoire de vie, méthode facilement applicable par les concepteurs.
Elle se base en grande partie sur la compréhension des valeurs que les habitants donnent à leur environnement sonore, les qualités, les atouts, les faiblesses et les limites qu'ils décèlent, dans une optique opérationnelle.
Depuis quelques dizaines d'années, et dans le monde entier, la qualité environnementale fait l'objet d'une attention particulière, en réponse à une demande sociale croissante de qualité de vie en ville. Elle est devenue de ce fait un enjeu majeur pour les pouvoirs publics. Mais malgré les efforts de la recherche dans l'élaboration d'outils et de méthodes aptes à livrer la complexité du monde sonore, la qualité sonore de l'environnement, et plus particulièrement le vécu sonore des habitants, restent peu pris en compte dans le monde opérationnel. Ce constat sur les enjeux de la qualité de l'environnement sonore dans l'aménagement du territoire et le développement récent du paysage comme medium de nos rapports sensibles aux territoires de vie nous conduit à penser que le paysage sonore peut être un élément de requalification urbaine.
Notre approche se différencie des travaux de recherche menés depuis une quarantaine d'années sur l'environnement sonore par le fait qu'elle ne part ni d'une attitude épidémiologique de l'environnement sonore (il ne s'agit pas d'aborder le bruit essentiellement de manière négative), ni esthétisante (le paysage n'est ici plus à considérer comme un regard esthétique et distancié porté sur le pays), notre objet étant de comprendre le vécu sonore quotidien des habitants de deux quartiers durables allemands.

Nous nous interrogeons sur les conditions opérationnelles et méthodologiques de la prise en compte, par le biais de la notion de paysage, des rapports sonores aux territoires de vie. L'idée que nous défendons est que c'est par le rapprochement des notions de paysage et d'ambiance - par le biais de la problématique actuelle du développement durable -, que la qualité de l'environnement sonore pourra être prise en compte dans les projets urbains et que la potentialité opérationnelle du paysage sonore pourra être démontrée. Si les quartiers durables, traductions locales de l'action publique en matière de développement durable, ont l'ambition de modifier les modes de vie par une diversité d'actions mises en cohérence, ils peuvent transformer les paysages sonores, et peuvent nous aider à qualifier ces derniers. Les quartiers durables et la manière dont ils ont été conçus constituent alors un moyen de saisir les rapports sensibles que les habitants entretiennent avec leur quartier, et donc la portée opérationnelle du paysage sonore comme vecteur de qualité de vie. Si la question de la qualité de l'environnement sonore n'est généralement pas posée directement dans le cadre des discours et des projets de quartiers durables, c'est par l'intermédiaire d'autres objectifs du développement durable et des modes de vie qu'elle est modifiée de manière involontaire dans les quartiers durables Il faudrait donc relever par quels mécanismes relevant d'une démarche de développement durable les paysages sonores se voient modifiés. Notre choix de terrain s'est porté sur deux quartiers allemands significatifs de ce qu'on peut appeler un quartier durable : Kronsberg à Hanovre (Basse-Saxe) et Vauban à Fribourg en Brisgau (Bade-Würtemberg). Notre choix a également été influencé par notre affinité avec la langue allemande.
Si le paysage sonore dans notre cas d'étude est l'ensemble des relations sonores que les habitants des quartiers durables ont à leur territoire de vie, sa compréhension passe par l'analyse de ses dimensions matérielles et immatérielles, c'est-à-dire à la fois le quartier tel qu'il a été pensé, le quartier tel qu'il est et le quartier tel qu'il est vécu. La méthode de qualification du paysage sonore proposée consiste ainsi en l'emboîtement de différentes méthodes complémentaires, afin d'analyser la complexité des rapports sonores aux quartiers in situ. Cette démarche repose sur l'analyse entrecroisée :

  • du paysage raisonné (ce qui a été projeté lors de la réalisation du quartier) à travers la lecture de documents écrits et d'entretiens avec des personnes chargées du projet ;
  • du paysage « sonnant » (support physique du paysage sonore) à travers un diagnostic urbanistique et paysager du quartier et de ses usages ;
  • et du paysage auditif, soit l'ensemble des expériences auditives des habitants dans leur quartier, qui regroupe à la fois les représentations, les pratiques et les perceptions qu'ils en ont. Ces différents types de relations à l'environnement sonore générant des difficultés particulières de mise en expression ou des rapports différents à l'espace, plusieurs méthodes d'enquête ont été développées : des entretiens exploratoires dans la rue, des parcours commentés et des journaux sonores.

 
 
 
 

La qualité paysagère dans l'aménagement urbain durable à Paris
Cedissia About de Castenet, Université Paris-Est/ENSA Paris-La Villette

Depuis quelques décennies, il est évident de protéger le patrimoine bâti lors d'opérations de renouvellement ou d'aménagement urbain, tandis que la concertation auprès des usagers et la préservation de l'environnement ne se sont véritablement imposées qu'avec l'émergence du concept de développement durable dans les années 1990.
À travers ces deux thématiques, que sont le patrimonial et le social-environnemental, les effets des opérations d'aménagement sur le paysage urbain et leur qualité paysagère intrinsèque apparaissent toujours en pointillé dans les règlements d'urbanisme ou dans les cahiers des charges sans être explicitement cités comme objectifs à atteindre.
Ainsi, pour ne pas négliger, sous prétexte de « faire » des quartiers durables, les incidences paysagères de certains choix, notre réflexion propose de lier les deux notions que sont le paysage urbain, en référence aux aspects patrimoniaux, et le développement durable, en référence aux aspects sociaux et environnementaux. Pour y parvenir, nous avons fait l'hypothèse de pouvoir mêler l'approche culturaliste développée par Augustin Berque, s'appuyant sur six critères pour définir une société paysagère, et la pratique opérationnelle de l'urbanisme. Cette démarche ayant pour finalité la constitution de nouveaux indicateurs, l'ensemble de notre réflexion s'inscrit de fait dans la lignée des études portant sur les évaluations des politiques publiques.
La méthode d'analyse se décompose en trois parties : la terminologie de la notion de « paysage urbain » à Paris, la mise en œuvre du développement durable à Paris et l'expérimentation de critères de « qualité paysagère » sur trois opérations d'aménagement parisiennes.
Dans la première partie, l'analyse historique et règlementaire des notions de paysage et de paysage urbain nous a permis de définir les fondamentaux, qui démontrent globalement l'existence d'un paysage urbain à Paris. Nous retenons notamment que certains quartiers ne répondent favorablement qu'à une partie seulement des six critères retenus.
La seconde partie nous a permis de mieux comprendre à quel point les manières de penser la ville ont profondément évolué au cours des dix ou vingt dernières années, tant dans les milieux de la recherche sur l'écologie urbaine, que dans les pratiques opérationnelles des collectivités pour l'entretien, l'aménagement ou le réaménagement des quartiers, du fait d'un croisement inédit des compétences et des disciplines. Cela se traduit notamment par la mise en place de groupes de réflexions transversaux et la rédaction de nombreuses chartes et méthodes stratégiques. Nous retiendrons également la spectaculaire appropriation par la ville de Paris d'une politique de développement durable lors de la réalisation du diagnostic de l'Agenda 21 (2007), du Plan Climat (2007) et du Plan Biodiversité (en cours), sans qu'aucun d'entre eux ne prenne néanmoins en compte la dimension paysagère des territoires réaménagés ou urbanisés. Par ailleurs, la rédaction, puis la mise en œuvre du référentiel « Un aménagement durable pour Paris », apparaît comme un véritable tournant dans les pratiques de suivi des opérations d'aménagement à Paris : il porte à la fois sur la définition d'objectifs de développement durable, dont la qualité du cadre de vie, et sur l'évaluation régulière des actions réalisées.
Enfin, dans la troisième partie, l'étude détaillée de trois projets urbains, nous a permis d'identifier de nouveaux modes de suivi des opérations dans lesquels les démarches de développement durable et l'évaluation continue occupent une place croissante.
Les trois opérations étudiées, ont été retenues du fait de leurs implantations dans trois arrondissements distincts à Paris et de leurs dimensions relativement similaires et comparables : La ZAC de la gare de Rungis (13e arrondissement), la ZAC Pajol (18e arrondissement) et le secteur Fréquel-Fontarabie (20e arrondissement).
Les acteurs « clés » de ces trois opérations d'aménagement parisiennes ont été interrogés pour présenter leur perception de la mise en œuvre du développement durable dans leur opération. Lors de l'analyse des entretiens, nous avons ainsi pu identifier les processus qui ont progressivement inscrit ces opérations dans une telle démarche de développement durable, mais également les représentations de ce qu'une « opération d'aménagement durable » devrait être aux yeux des acteurs interrogés et comment elle pourrait alors répondre aux critères du paysage urbain durable.
Au terme de cette recherche, il est apparu que si la prise en compte de la qualité paysagère semble évidente pour les acteurs pour contribuer à la « fabrication » de paysages urbains durables, puis de projets urbains paysagers, celle-ci ne se formalise pas encore clairement dans le suivi opérationnel. Des éléments de réponses, sous la forme d'indicateurs, sont ainsi proposés et expérimentés pour que la qualité des paysages urbains puisse progressivement être considérée comme un véritable objectif de projet urbain et soit évaluée, à ce titre, dans la conception, la réalisation et la gestion des quartiers durables.

 
 
 
 

Le processus socioculturel de patrimonialisation des arbres urbains du Grand Tunis
Myriam Bennour, LAREP, ENSP Versailles/Institut supérieur agronomique de Chott-Mariem, Université de Sousse

L'arbre urbain fait partie du paysage urbain. Il est intégralement « enraciné » dans le cadre de vie des citadins. Mais contrairement aux autres aspects qui fondent les paysages urbains, l'arbre, en tant qu'il est perçu, appartient au monde humain sensible, ayant ses propres symboles et significations.
L'histoire de l'évolution des paysages urbains de Tunis a été vécue à travers ses arbres et leur agencement. C'est l'hypothèse principale de cette thèse. Avant la colonisation, la médina, disposait de peu d'arbres dans l'espace public, où l'organisation spatiale puisait ses fondements dans la sharia (loi divine), et le premier précepte d'entre eux était le respect de l'intimité des familles. C'est dans ce sens que les rues restaient étroites et peu entretenues. Mais les arbres trouvaient parfois leur place à l'intérieur des demeures, dans les patios lieux de la vie intime et familiale. Les essences que l'on retrouvait le plus souvent étaient celles qui étaient citées dans le Coran pour leurs vertus, essentiellement des agrumes et des espèces aromatiques (on obéissait aux préceptes de la loi divine jusque dans l'organisation des intérieurs).

Puis, à la fin du XIXe siècle, lors de l'instauration du protectorat, la ville s'est étendue au delà des remparts. Les grandes avenues bordées d'alignements d'arbres, de nouvelles espèces parfois taillées, ont fait leur apparition. La ville européenne s'est ouverte aux arbres et les Tunisois ont commencé à découvrir un autre monde urbain importé d'Europe.

Avec l'Indépendance (en 1956), la capitale gonflée par l'exode rural s'est étalée. D'un côté, les Tunisois aisés voulant accéder au mode de vie moderne ont habité de nouveaux quartiers alliant style européen (grandes rues, arbres d'alignements imposants) et traditions tunisoises (grand jardin planté d'agrumes et d'espèces aromatiques). De l'autres, des Tunisiens de la campagne fuyant une vie difficile et en quête de meilleurs revenus se sont appropriés des espaces jouxtant la capitale et y ont reproduit -dans la mesure du possible- leur mode de vie rurale. La communication montrera quelles hypothèses permettent de comprendre comment s'est construit le patrimoine arboré des Tunisois entre l'héritage colonial et la relation ancienne à l'arbre des campagnes et des jardins de la villégiature tunisoise.

 
 
 
 

Nouveaux métiers et nouvelles pratiques des paysagistes dans les projets d'urbanisme durable
Anaïs Léger, Agrocampus Ouest, Angers

Dans le contexte de la crise environnementale actuelle, il est indispensable de penser le développement urbain de manière à répondre aux enjeux environnementaux. Il s'agit de définir un nouveau modèle de développement urbain qu'on désigne le plus souvent sous le terme d'urbanisme durable en France et ecological urbanism (Mostafavi & Foherty, 2010), sustainable urbanism ou green urbanism dans le monde anglophone. Cette nécessaire réorientation interpelle l'ensemble des professions de l'aménagement urbain et plus particulièrement les « paysagistes-concepteurs » (AFNOR, 2009). Nous cherchons à déterminer dans quelles mesures ce nouveau modèle de développement urbain, dit durable, influence les pratiques et les métiers des paysagistes. La demande sociale en paysage, la conception des politiques publiques du paysage, l'enseignement, la formulation des commandes publiques et privées, le processus de conception des paysagistes, la mise en œuvre et la maintenance des paysages connaissent d'importantes mutations dans ce contexte d'urbanisme durable. Quelles significations donne-t-on au terme d'urbanisme durable ? L'importance des problématiques environnementales favorisent-elles une meilleure prise en compte de la compétence paysage dans les projets d'urbanisme ?

Afin de répondre à ces questions, nous allons réaliser trois actions de recherche. Tout d'abord, notre première action consiste à montrer que l'évolution de la commande publique dans le domaine de l'urbanisme durable influence la création de nouvelles compétences et pratiques et donc une nouvelle typologie des métiers du paysage. Nous analysons des données du Bulletin officiel des annonces des marchés publics BOAMP. La deuxième action cherche à montrer qu'il existe une nouvelle école de paysage émergente basée sur les nouveaux modèles d'urbanisme durable, et qui influence la création de nouveaux métiers et de nouvelles pratiques en paysage. Cette action est basée sur une méthode de questionnaires en ligne adressés aux écoles de paysage. Enfin, afin d'étudier le rôle des paysagistes dans les nouveaux projets d'urbanisme durable, nous affirmons que les nouveaux « laboratoires expérimentaux » (Haan & Dawson, 2006) de l'urbanisme durable, les éco quartiers, entrainent une mutation des pratiques des paysagistes. D'une part, les éco quartiers exercent une influence sur le projet de paysage et les processus de conception des paysagistes, et d'autre part ils modifient les produits de ces processus, créant des nouvelles « fonctions paysagères durables » dans les projets d'éco quartiers construits. Pour cette partie, nous réalisons des études de cas sur des éco quartiers à Nantes dans les Pays de la Loire et à Bristol en Angleterre.

Cette communication a pour objectif d'apporter un éclairage sur nos hypothèses, notre protocole de recherche, nos outils et notre méthodologie de recherche ainsi que de présenter les premiers résultats.