Carnet de bord du Potager du Roi - lundi 24 janvier 2022

24 janvier 2022

 
 

Par Antoine Jacobsohn, adjoint à la Directrice, en charge du Potager du Roi

Avec la participation de François-Xavier Delbouis et Julie Rodriguez
Nos remerciements à Béa Ceccarelli

Depuis début décembre, les jardiniers du Potager du Roi taillent les arbres fruitiers. À la fin janvier, les jours commencent sensiblement à se rallonger et, en l'absence de grand froid, les bourgeons de certains arbres et arbustes gonflent et commencent à se développer en attendant la chaleur des jours plus longs. Au jardin Duhamel, au sud du Potager du Roi, des bourgeons de lilas ont déjà pris une taille et une couleur tendre comme au mois d'avril en temps normal.

 
 
 
 
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Quelques formes que prennent les arbres fruitiers au Potager du Roi, juin 2020. Photo : Charles de Valroger

 
 
 
 

Travaux en cours

Le vieillissement des arbres du Potager du Roi, le changement climatique et la volonté de travailler sans produits phytosanitaires chimiques sont autant de facteurs qui ont un effet significatif sur la pratique de la taille par nos jardiniers.

Deux informations à propos de la taille doivent vous être livrées :

Depuis plusieurs décennies, la désinfection des lames servant à la taille (sécateurs, scie égoïne repliable...) est réalisée par les jardiniers. Les outils étaient désinfectés tous les jours en fin de journée et ont pu même l'être à la fin de chaque ligne, à l'aide d'un pulvérisateur d'alcool à 90° et d'un chiffon.

Depuis cette année, c'est un protocole bien plus strict qui est appliqué. Après des échanges avec la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles d'Île-de-France (coordinateur des réseaux de surveillance de la santé des végétaux), les jardiniers doivent dorénavant tremper les lames de leurs outils dans de l'alcool pendant un minimum de trois minutes après chaque arbre. Pour ne pas ralentir leur travail tout en respectant les trois minutes de trempage, chaque jardinier travaille avec deux sécateurs et une scie.

 
 
 
 
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Les « bacs » pour désinfecter les lames de la scie et du sécateur. Photo : École nationale supérieure de paysage

Ce nouveau protocole est dû au fait que les pathogènes des plantes (virus, bactéries, champignons) prennent parfois un temps assez long pour être neutralisé par l'alcool. Heureusement qu'il fait froid et que l'alcool s'évapore lentement.

En conséquence, les visiteurs en cette saison peuvent découvrir dans les branches des arbres, qui voisinent ceux que les jardiniers sont en train de tailler, des boites en aluminium ou en plastique avec de l'alcool.

Pour les formes d'arbres qui sont relativement petites et constituées d'arbres placés régulièrement l'un à côté de l'autre (un trident ou une palmette Verrier 4 branches), le respect de la consigne est simple. Pour les formes fruitières pour lesquelles les branches charpentières de plusieurs pieds d'arbres se croisent (les croisillons, les solaxes à plateau...), le respect de la consigne est plus compliqué et le travail plus lent. Un phytopathologiste belge en visite au Potager du Roi a confirmé l'intérêt de ce protocole. Ce n'est pas une lubie versaillaise !
 
 
 
 
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La taille au sécateur professionnel mécanique par Corinne Lescoutre, jardinière au Potager du Roi. Photo : École nationale supérieure de paysage

Une autre information peut porter sur l'outil servant à la taille, le sécateur. Il y a plus de dix ans, après quelques essais, les jardiniers du Potager du Roi s'étaient équipés de deux sécateurs électriques. Ces outils permettent au jardinier-agriculteur professionnel d'aller plus vite avec moins d'effort. Un des avantages était une diminution des risques de tendinites dues à la répétition des dizaines de milliers de fois du même geste et à la possibilité de couper des branches plus importantes sans avoir besoin d'utiliser la scie.

Pour les tendinites, quel que soit l'outil, la solution pour les prévenir est plutôt à trouver dans le rythme de travail, c'est-à-dire la répartition du temps de taille dans la journée et dans la semaine. Un stagiaire kinésithérapeute a enseigné aux jardiniers un certain nombre d'étirements à faire avant et après pour réduire les risques de blessures et de douleurs. Quoiqu'il arrive, il ne faut pas tailler de façon continue.

 
 
 
 
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Un sécateur électrique, l'ensemble avec harnais/batterie et fils et la partie sécateur proprement dite. Photo : École nationale supérieure de paysage

Cette année, les jardiniers n'utilisent pas les sécateurs électriques. Ce n'est pas seulement à cause du protocole sanitaire et des trois minutes de trempage des lames pour désinfection mais également grâce à une réflexion sur l'utilisation et les effets de l'outil sur la manière de tailler.

D'abord, si la batterie électrique est portée sur le dos et, même si le poids est bien réparti, le sécateur électrique est plus lourd et moins maniable. Il n'est pas possible de le faufiler aussi aisément qu'un sécateur mécanique parmi les brindilles, les coursonnes, les dards.

Ensuite, son utilisation enjoint de dégager l'espace plutôt que de tailler finement et précisément et donc de conserver des éléments susceptibles de continuer à se développer. En effet, la possibilité et facilité de couper des branches de relativement gros diamètre y participe. En fin de compte, les jardiniers ont constaté que la qualité de la coupe à l'aide du sécateur électrique était moins bonne sur nos arbres qu'avec un sécateur professionnel mécanique dont la lame serait bien aiguisée. Il ne donne pas satisfaction sur nos arbres (ce n'est pas nécessairement le cas ailleurs) en termes de propreté ou de netteté du tranchement puisqu'il existe un écrasement et/ou endommagement des tissus sur la partie restante qui ralentit la cicatrisation et favorise le développement de pathogènes.

 
 
 
 
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La lame fixe est placée du côté de la partie fixe, qui reste sur l'arbre après la coupe. Les jardiniers appellent cela  « le tranchant sur le restant ». Photo : École nationale supérieure de paysage

C'est l'expérience acquise, année après année, à tailler les mêmes arbres, à les connaître individuellement, qui permet à la fois de choisir le bon outil et de réaliser le bon geste.

 
 
 
 

Choses à voir et à manger

Les jardiniers ont choisi cette année de rester dans leurs spécialités. Pendant que les jardiniers du secteur fruits taillent, les jardiniers du secteur légumes sortent des trésors.

 
 
 
 

Jusqu'au mois de mars, notre vente de fruits et légumes frais a lieu tous les jeudis à partir de 10h à l'accueil de l'École nationale supérieure de paysage. Certains de nos clients nous font des retours en images, une manière d'exprimer leur satisfaction. c'est le cas de Béa Ceccarelli.

 
 
 
 
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Courge bleue et ocas. Photo : Béa Ceccarelli

Et je me permets de vous suggérer un délicieux plat d'hiver, un gratin de saison facile à réaliser :

  1. Faites cuire au four, dans un peu de matière grasse de votre choix, nos pommes de terre découpées en cubes relativement petits.
  2. Pendant ce temps, faites revenir à la poêle un hachis de poireaux et de blettes. Versez ce mélange par dessus les pommes de terre.
  3. Parsemez le tout de nos feuilles de laurier et de sarriette et ajoutez-y de la crème et du fromage.
  4. Remettez au four et laissez gratiner.

Il y a quelques années, un de nos stagiaires nous a proposé une recette de poires de terre (dit aussi yacon ; Smallanthus sonchifolius, mais aussi parfois sous le nom scientifique Polymnia edulis) au vin rouge, sur le modèle des poires au vin. Essayez, inventez votre propre mélange de vin rouge, de cannelle, de coriandre et de miel ou de sucre. Vous pouvez servir tiède ou froid, seul ou avec des bananes et de la glace vanille... Certains jardiniers ont actuellement une préférence pour un cake au yacon. La recette est disponible à la librairie-boutique du Potager du Roi.

 
 
 
 
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Poire de terre au vin rouge épicé, simplement accompagnée de yaourt au soja fermenté. Photo : Béa Ceccarelli