Carnet de bord du Potager du Roi - mardi 19 juillet

19 juillet 2022

 
 

Par Antoine Jacobsohn, adjoint à la Directrice, en charge du Potager du Roi

À voir et travaux en cours

FRUITS ET LÉGUMES ET TOUT LE TINTOUIN

Un grand nombre de nos visiteurs viennent voir des fruits et des légumes au sein d'un chef d'œuvre du jardin baroque français. Ils viennent voir quelques-unes de nos 468 variétés fruitières cultivées en espaliers et en contre-espaliers :

  • des poires «Bon chrétien d'hiver»,
  • des pommes «Calville blanc d'hiver»,
  • des pêches «Téton de venus»,
  • des prunes «de perdrigon» (dit aussi «de Brignoles»)

Ou encore, pour voir quelques-unes de nos 350 variétés de légumes (le nombre exact varie d'année en année) :

  • des asperges vertes, blanches ou violettes (dont certaines issues de sélections «d'Argenteuil»),
  • des cardons en fleurs (issus de croisements lointains avec l'artichaut «Gros vert de Laon», dit aussi «de Paris»),
  • des carottes courtes «Marché de Paris»,
  • ou notre rhubarbe sans nom, à très grandes pétioles (et qui offre un nectar inégalable), trouvée chez un garagiste de Seine et Marne par un de nos prédécesseurs.

Ils viennent pour les voir, les sentir, parfois les goûter et, éventuellement, pouvoir repartir chez eux avec une sélection des produits du moment dans leurs cabas.

Au-delà de cette diversité, il y a aussi tout ce qui l'accompagne et, d'une certaine manière, la rend possible. Il ne s'agit pas de cultiver des poiriers sans tavelure (Venturia pirina : un champignon qui crée des tâches marrons sur les feuilles et les fruits) ou des pommes de terres sans doryphores (Leptinotarsa decemlineata : un insecte qui dévore les feuilles). Il s'agit de créer et d'entretenir un agroécosystème qui satisfait aussi bien que possible tout le vivant et non pas exclusivement nos seuls besoins alimentaires et culturels humains.

 
 
 
 
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Sauge sclarée (Salvia sclarea) au pied d'un massif d'arbustes de six espèces différentes (qui cache un range vélo) à l'entrée du parking de l'école de paysage, provient probablement d'une graine laissée par un oiseau ou autre animal à partir des cultures à plus de 200 mètres. Photo : Antoine Jacobsohn.
 
 
 
 

FAISONS UN TOUR DU JARDIN POUR OBSERVER QUELQUES EXEMPLES

À l'entrée du jardin, notre parking n'est pas un désert. Il permet le fonctionnement du site et se remplit puis se désemplit de véhicules de toute sorte. Toutefois, le parking, d'année en année, est en voie de redevenir jardin, entre les exercices de plantation des étudiants et les plantes qui s'installent spontanément.

Les jardiniers choisissent et soignent ces plantes pour que les insectes et les oiseaux trouvent leur nécessaire, pour adoucir le regard des visiteurs qui arrivent, ralentir l'eau des orages, diminuer les réverbérations du soleil contre la pierre, guider les voitures et les vélos... et préparer, en haut de l'escalier ou de la rampe, la surprise des « jardins coupés » et du Grand Carré.

 
 
 
 
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Des molènes, avec bien d'autres plantes (différents graminés et Erigeron spp. Geranium spp., Hedera helix, Polygonum aviculare, Solidago canadensis ...), verdissent progressivement l'espace. Photo : Antoine Jacobsohn

Le long du côté est du Potager du Roi, c'est-à-dire le long de la rue du Maréchal Joffre, est cultivée une série de jardins fruitiers, qui, avec les jardins qui longent le côté sud, forment ensemble les « jardins coupés ». Cette appellation est extraite de La Nouvelle maison rustique de Louis Liger, un des traités agricoles les plus diffusés du XVIIIe siècle.


Entre le Potager du Roi et le quartier Saint Louis, entre nos cultures et les bâtiments et circulations de la ville, il n'y a qu'un mur. C'est un changement abrupt entre le vivant et le minéral. Pour attirer et garder à demeure une faune positive (vertébrés et invertébrés), nous mettons en place des haies avec toute une série d'espèces végétales différentes de celles qui forment nos principales cultures (poires, pommes, pêches...). Cette « lisière » ou ourlet de culture est une sorte d'épaisseur vivante qui protège les uns et les autres.

 
 
 
 
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Une vue sur le sud avec les corbeilles à fruits qui ornent le haut du mur qui longe la rue du Maréchal Joffre. La bourdaine (Frangula alnus, dont il ne faut absolument pas manger les fruits frais), le mahonia (Mahonia aquifolium), le noisetier (Corylus avellana), font partie des demi-douzaines d'espèces d'arbustes de cette haie. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 

Nos prédécesseurs avaient déjà commencé ce travail au début des années 2000, dans le jardin Legendre. Nous avons récemment recépé cette haie (coupé à ras du sol pour provoquer de nouvelles pousses), une forme de rajeunissement pour les végétaux. La reprise est vigoureuse.

 
 
 
 
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Un laurier sauce qui reprend, avec la roseraie au-dessus. Le fait de recéper cette haie a permis de redonner de la lumière à la roseraie et de créer des tas de bois, formidable habitat pour les hérissons, les abeilles sauvages et pour toute une série de champignons. Cette haie permet l'installation d'une population d'insectes auxiliaires (positives) plus conséquente qu'ailleurs dans la parcelle, comme l'avait noté en 2014, Maud Gabalda, une stagiaire de l'Université de Paris Diderot alors en Master Biogéosciences. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
Comme les ourlets d'un vêtement, nos haies viennent se placer sur des frontières ou extrémités, mais nous y ajoutons des variations pour mieux prendre en compte leur emplacement. Par exemple, au cinquième des Onze, la haie est exposée vers le sud et les plantes qui s'y trouvent ont été choisies en conséquence.
 
 
 
 
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La haie mixte exposée au sud du cinquième des Onze est tout à la fois diversifiée, ornementale et productive. Photo : Antoine Jacobsohn

Au premier plan, il est possible d'apercevoir des asters (Aster spp et Symphyotrichum spp) et des montbretia (Crocosomia x crocosmiiflora ; obtention des années 1880 de Victor Lemoine, pépiniériste nancéen).

Au deuxième plan, il est possible de voir un kaki ou plaqueminier (Diospyros kaki) et ensuite un griottier - cerisier "de Montmorency" (Prunus cerasus). Il y a aussi des goyaviers du Brésil (Feijoa sellowiana), des grenadiers (Punica granatum) et bien d'autres plantes.

 
 
 
 

À l'extrémité sud du Potager du Roi, le jardin Duhamel du Monceau recèle une très grande diversité des cultures :

  • le Fruticetum (ou jardin d'arbustes) est aujourd'hui constitué d'environ 150 arbustes différents ;
  • le pré-verger a été planté d'une douzaine de variétés fruitières ;
  • la Rocaille des bénévoles avoisine les 150 plantes différentes et les jardins des écoles élémentaires en présentent plusieurs dizaines.

Ensemble, ce sont des espaces ressources, ressources pour les insectes et les oiseaux, ressources pour la détente des visiteurs, ressources aussi pour les jardiniers qui y trouvent du carbone (par exemple pour du paillage) pour d'autres parties du jardin.

 
 
 
 
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Au premier plan, les parcelles des écoles élémentaires, au deuxième plan, le pré-verger et au troisième plan, le Fruticetum et la ville. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
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Vue de la Rocaille. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 

Au pied du mur, exposé au nord, qui longe le Parc Balbi, dans un des endroits avec de l'ombre (il faut rappeler que le Potager du Roi n'a pas été construit pour créer de l'ombre pour les promeneurs mais pour concentrer les raysons du soleil sur la production de fruits et de légumes), le visiteur attentif pourra voir de la menthe. Et, si ce même visiteur lève la tête et regarde vers la droite, il pourra apercevoir la toiture brillante de la Chapelle Royale récemment restaurée.La menthe pointe au travers d'une épaisse couche de copeaux de bois.

Les jardiniers soignent le sol en attendant la restauration de ce mur, dont la faîtière est en très mauvais état, ce qui menace la stabilité du mur tout entier. C'est une des urgences en matière de restauration.

 
 
 
 
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Au jardin troisième des Onze, de la menthe poivrée au pied du mur, qui sépare le Potager du Roi du Parc Balbi. Photo : Antoine Jacobsohn

Un peu plus loin, au jardin deuxième des Onze, si le visiteur s'avance dans le calme, il pourra surprendre un héron cendré (Ardea cinerea), imperturbable au regard des cris stridents des perruches à collier (Psittacula krameri) mais facilement effarouché par les pas des humains.

Sur le côté nord de cette parcelle dédiée à la pédagogie et à l'apprentissage, deux enseignants de l'établissement cultivent des plates-bandes avec des dizaines d'espèces nourricières et médicinales dans un espace très limité.

 
 
 
 
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Le héron sur le tas de compost, jardin deuxième des Onze. Photo : Antoine Jacobsohn

Certaines fleurs attirent nos regards ainsi que les butineurs. Les fleurs de la cardère sauvage (Dipsacus fullonum) font partie de ce groupe, tout comme les fleurs des cardons (Cynara cardunculus var. altilis). La cardère ne contribue pas directement aux productions du Potager, alors que le cardon pourra se retrouver dans les assiettes pendant l'hiver.

D'autres fleurs n'attirent pas nos regards mais continuent d'attirer l'attention des butineurs. C'est le cas des fleurs blanches relativement discrètes du Sarrasin (Fagopyrum esculentum). Le sarrasin au Potager du Roi est un engrais vert c'est-à-dire une plante que nous fauchons ou broyons pour l'incorporer dans nos sols comme un apport direct d'énergie solaire et qui vient fertiliser le site.

 
 
 
 
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Un bourdon (Bombus spp) sur un cardère (Dipsacus fullonum) au jardin 2e des Onze. Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 
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Des fleurs de cardon (Cynara cardunculus var. altilis) avec des bourdons (Bombus spp) et des abeilles domestiques (Apis mellifera) dans le Grand Carré. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
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Un couvert végétal ou engrais vert au pied du mur récemment restauré de la Terrasse La Quintinie. Les petites fleurs blanches du sarrasin vont disparaître au profit, entre autres, des fleurs jaunes de la moutarde blanche (Sinapsis alba ; c'est l'humour des noms scientifiques) et des fleurs bleues de la phacélie (Phacelia tanacetifolia). Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 
Finalement, en faisant le tour du Potager du Roi, ce qu'il est possible de sentir, c'est tout à la fois la vigoureuse fertilité productive, le magnifique tracé et la volonté de trouver l'équilibre avec l'ensemble du vivant.