La conservation et valorisation du Potager du Roi : diagnostic, actions et investissements

17 octobre 2019

 
 


Photo : Arnauld Duboys Fresney.
Photo : Arnauld Duboys Fresney.
 
 
 
 

La construction du Potager du Roi a commencé en 1678 et s’est poursuivie jusqu’en 1683. Grandement restauré et réaménagé une première fois dans les années 1780 et une deuxième fois dans les années 1880, il n’a pas connu d’investissements soutenus pour assurer la restauration et la conservation des éléments structurants du jardin - ses murs, ses terrasses, ses voûtes et son réseau de drainage - depuis la fin du 19ème siècle.
 
L’École nationale supérieure d’horticulture a eu la responsabilité du site sur plus de 120 ans, de 1874, date de sa création, jusqu’à 1995, date de son déménagement à Angers et date de transfert de cette responsabilité à l’École nationale supérieure de paysage. Dès lors, face à l’état de dégradation visible du site, aggravé par la tempête de 1999, l’École nationale supérieure de paysage a sollicité l’Architecte en chef des Monuments historiques pour mener un ensemble d’études de diagnostic sur le site. Conduites jusqu’en 2017, elles révèlent un état critique tel que résumé ci-après.
 
1- Les murs, éléments architecturaux structurants du jardin
 
  • 15% du linéaire des murs présente un état extrêmement préoccupant nécessitant des interventions d’urgence : sur les 729 mètres inventoriés dans cette classe, 253 mètres, soit plus d’un tiers, concernent des portions de murs déjà effondrées ou partiellement effondrées. 
  • 27% du linéaire, soit 1 341 mètres de façades de murs, est très fragilisé. Les dégradations sont de plusieurs natures – fissures, érosions, cloques, remontées d’humidité, lacunes de joints, lacunes de maçonneries, lacunes d’enduits, infiltrations … - et d’amplitudes variées.
  • Seuls 7% des murs présentent un état satisfaisant ne nécessitant pas de travaux dans les prochaines années. Il s’agit en général de murs restaurés par l’École nationale supérieure de paysage depuis moins de 20 ans. Il faut toutefois noter que certains murs restaurés récemment, notamment sur les crédits exceptionnels qui ont fait suite à la tempête de décembre 1999, nécessitent aujourd’hui des reprises importantes, essentiellement au niveau des enduits. L’effort de restauration et de conservation est ainsi permanent sur l’ensemble des structures.

CE QUE L'ÉCOLE A FAIT
 

OBTENIR ET CONSOLIDER LE SOUTIEN DU WMF

Le 16 octobre 2017, le World Monuments Fund a attiré l’attention de la communauté internationale sur une liste de 25 sites emblématiques du patrimoine culturel mondial, dont le Potager du Roi, présentant des perspectives de changements positifs et nécessitant, à cette fin, des investissements majeurs : c’est le programme de promotion World Monuments Watch. 

L’accompagnement du WMF s’est matérialisé par l’annonce en juin 2018 d’un million de dollars répartis entre 8 des 25 sites initialement sélectionnés. Ces 8 sites ont été choisis sur la base des projets présentés par les sites à son principal mécène, American Express. Faisant partie des 8 sites sélectionnés, le Potager du Roi a bénéficié d’une généreuse dotation, qui permet aujourd’hui à l’École nationale supérieure de paysage de lancer les travaux de reconstruction de l’un des deux murs effondrés, mur situé entre les jardins Du Breuil et Legendre. En savoir +

American Express a par ailleurs choisi de soutenir le développement de la politique des publics de l’établissement. Il apporte ainsi un soutien supplémentaire pour la création d’un outil de médiation original, ludique et spécifique au Potager, destiné aux publics scolaires du premier cycle, sous la forme d’une mallette pédagogique pouvant s’utiliser dans les écoles lors de la visite et sur le site. Une collaboration avec l’École du Louvre, dans le cadre du Master médiation, a déjà permis de préciser la dimension pédagogique de la mallette au regard des spécificités du site et des objectifs de l’Éducation nationale.

L’attachement du WMF au projet d’établissement de l’École nationale supérieure de paysage pour le Potager du Roi s’est confirmé en juin 2019 par l’annonce d’une dotation financière supplémentaire pour un montant équivalent à la première, grâce à un deuxième donateur du WMF. Les modalités précises de ce nouveau soutien sont en cours de discussion. L’affectation du don comprend un volet de restauration patrimoniale et un volet pédagogique. 

 
 
 
 


M15 - photo 1
 
 
 
 
Photo : Didier Plowy
 

METTRE EN ŒUVRE LE CONTRAT PLAN ÉTAT-RÉGION

En 2019, l’École nationale supérieure de paysage a obtenu la confirmation de l’affectation des crédits du programme 142 inscrits par sa tutelle, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, au Contrat plan État-Région 2015-2020 pour le Potager du Roi. Des travaux estimés à 1,5 millions d’euros pourront ainsi être lancés dès 2020 et concerneront principalement la Terrasse La Quintinie, la Terrasse Nord, qui lui fait face dans le Grand Carré, et une portion de mur extérieur donnant sur la rue du Maréchal Joffre. La signalétique du site fera également l’objet d’un traitement spécifique visant à améliorer la découverte autonome par les visiteurs.

 
 
2- Les armatures en fer forgé du Grand Carré
 
Le Grand Carré du Potager du Roi est divisé en seize carrés, chacun d’eux étant entouré de poiriers palissés en contre-espalier prenant appui sur les armatures en fer forgé installées au début du 19ème siècle (à noter qu’il n’y avait pas de contre-espaliers autour des seize carrés du Grand Carré sous La Quintinie). Quatre carrés ont cinq lignes d’armatures avec une ligne courbe qui épouse le bassin central.
 
L’état général de conservation des armatures en fer forgé est très détérioré. Nombreuses sont les armatures de palis trop fragiles pour permettre une replantation des arbres sans restauration préalable.
 
En effet, ces dernières n’ont pour la majorité pas été restaurées depuis la dernière grande replantation du Grand Carré à la suite de l’hiver 1879-1880. Pour certaines, la structure doit être entièrement remplacée - 1 poteau, 1 jambe de force, 1 lisse horizontale et 2 consoles cintrées - tandis que pour d’autres, une restauration des pièces existantes doit être effectuée telle que l’extraction de la rouille ou le redressement des éléments tordus. La reprise des niveaux des armatures à partir des fondations et plots de scellement au sol est une partie nécessaire de la restauration.


CE QUE L'ÉCOLE A FAIT

Entre 2001 et 2003, pour 5 lignes droites, et entre 2008 et 2010, pour 10 lignes droites et 4 lignes courbes, l’École nationale supérieure de paysage a entrepris les premiers travaux de restauration et replantation.Après une période d’essai de quatre ans sur deux lignes avec des pêchers, permettant de tester le comportement de cette espèce dans le Grand Carré et d’introduire une rotation pour baisser la pression des maladies et ravageurs, les lignes ont été replantées en poiriers. Pour l’essentiel, les arbres sont formés en palmettes Legendre selon la méthode décrite par Alphonse Du Breuil dans son Instruction élémentaire pour la conduite des arbres fruitiers (5e édition, 1863). Le choix des variétés est fait pour favoriser une bonne pollinisation et la production du site avec de la Williams Bon Chrétien (poire d’été), de la Duchesse d’Angoulême (poire d’automne) et de la Comtesse de Paris (poire d’hiver). La répartition de ces plantations dans le Grand Carré, selon leur période de maturité, permet de retrouver un rendu général tel qu’il figurait dans le plan publié en 1690 dans l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers de La Quintinie tout en conservant une structuration emblématique datant du 19ème siècle. 

L’effort de restauration des armatures doit être poursuivi. 49 lignes doivent encore être remplacées sur les 68 que compte le Grand Carré selon un phasage pluriannuel. C’est dans cette perspective qu’a été lancé en juin 2018, par l’École nationale supérieure de paysage, le Cercle La Quintinie. Ce programme de soutien vise à mobiliser des acteurs économiques locaux engagés et partageant une même ambition : participer à la restauration et à la valorisation du Potager du Roi. Les cinq entreprises membres actuels du Cercle contribuent aujourd’hui au projet de restauration des armatures du Grand Carré. 

 
 
 
 


Plan Aveline
 
 
 
 
Vue perspective du potager royal de Versailles. Dessin de P. Aveline l’Ancien, extrait des Vues des belles maisons des environs de Paris édité par Langlois, 1685.
 
 
 
 
 
 
 
 
Photos : Didier Plowy
 
 
 
 
1.3 Les voûtes et le réseau de drainage
 
Sur les 15 voûtes existant dans le jardin, des désordres importants ont été notés, notamment des infiltrations, qui déstabilisent les maçonneries, et des déformations dues aux mauvaises conditions de répartition des charges au-dessus des voûtes. Ces déformations ont des effets visibles notamment sur les murs de la Terrasse La Quintinie. Les nombreuses zones de stagnation de l’eau lors des épisodes pluvieux manifestent par ailleurs les problèmes d’évacuation du site. Le réseau sous-terrain des pierrées (écoulement en pierres destiné à pouvoir évacuer les eaux usées) s’avère ainsi fortement défectueux. 
1.4 Les bâtiments classés du site, qui datent de la fin du 17ème siècle au début du 20ème siècle
 
Le Pavillon La Quintinie, La Figuerie, le Pavillon des Suisses, l’ancienne Forge, … requièrent d’importants travaux de rénovation sur le clos et couvert (toitures, façades, huisseries). Ces bâtiments ne peuvent être dissociés des jardins dans le cadre de la mission de conservation, gestion et valorisation du site, appréhendé dans sa globalité, par l’École nationale supérieure de paysage. Le réaménagement de leurs espaces intérieurs vise par ailleurs à améliorer les conditions d’accueil et l’expérience de visite des différents publics du site. 


> CE QUE L'ÉCOLE A FAIT 
 

Un ensemble de chantiers sur les bâtiments ont pu être menés à bien et achevés en 2019 par l’École nationale supérieure de paysage, avec le soutien du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et de ses partenaires, parmi lesquels :

  • la restauration de la façade du Pavillon La Quintinie, grâce au soutien direct de la Fondation du Patrimoine et à l’opération de financement participatif co-organisée entre l’ENSP et la Fondation qui a permis de récolter plus de 90 000 € ;

  • la réouverture du Pavillon des Suisses, ainsi que la première phase de remise en état du jardin Hardy et la réfection des garages techniques attenants, grâce au soutien de la Fondation Ville et Patrimoine : ces espaces ont ainsi pu accueillir les visiteurs et les animations de la première édition de la Biennale d’architecture et de paysage en Ile-de-France au printemps 2019 ;

  • la restauration des huisseries et le réaménagement d’un ensemble d’espaces intérieurs au sein du bâtiment de La Figuerie, travaux auxquels ont contribué la Fondation Total, la Fondation du Crédit Agricole Pays de France et le Crédit Agricole d’Ile-de-France Mécénat ;

  • la rénovation des façades du bâtiment Saint Louis, repère dans le jardin et la ville, et dont la réalisation a été primée au concours d’architecture et de rénovation organisé en 2018 par la ville de Versailles.
 
 
 
 


Pavillon La Quintinie Récent
 
 
 
 
Pavillon La Quintinie après restauration. Photo : Didier Plowy - juin 2019
 
 
 
 


Jardin Hardy 3
 
 
 
 
Le jardin Hardy en 2019, avec la réouverture du Pavillon des Suisses & la réfection des garages. Photo : Didier Plowy - juin 2019
 
 
 
 


Ancien amphi Figuerie
 
 
 
 
Ancien amphithéâtre de la Figuerie réaménagé. Photo : ENSP - mai 2019
 
 
 
 


Bâtiment St Louis Récent
 
 
 
 
Bâtiment St Louis - Primé au concours d'architecture et de rénovation 2018 de la Ville de Versailles - Photo : ENSP - Fév. 2019