L'arrêt des traitements phytosanitaires

21 octobre 2019

 
 


Photo : Arnauld Duboys Fresney.
Photo : Arnauld Duboys Fresney.
 
 
 
 

L’arrêt des traitements phytosanitaires de synthèse ou d’origine biologique sur le site du Potager du Roi a été progressif et raisonné dès le début des années 2000, avec des tests sur parcelles et le maintien de biostimulants. 
 
L’arrêt des traitements a été planifié au vu de l’évolution du contexte environnemental, sociétal, économique et réglementaire, ainsi que des objectifs d’une plus large ouverture du site au public.
 
 
> Témoignage de Jacques Beccaletto, responsable des cultures du Potager du Roi
 

« Initiées il y a déjà plusieurs années, nous avons réussi à passer de la lutte classique à la lutte raisonnée contre les maladies et les ravageurs.

Grâce à l’observation patiente et minutieuse des cycles des pathogènes et des ravageurs, nous avons mis en œuvre des stratégies de traitements préventives et curatives basées sur la combinaison de lâchage et d’accueil d’insectes auxiliaires, de piégeage et de confusion sexuelle, de pulvérisation de produits de synthèse spécifiques et non pas généralistes.

Ces méthodes ont permis de réduire le nombre de traitements des arbres fruitiers de plus de moitié par espèce (de 22 ou 23 à 10 ou 11, selon les années). Pour ce qui concerne les cultures légumières, l’essentiel des traitements nécessaires, et nous en faisons très peu, est effectué avec des produits agréés en culture biologique. Toutefois, dans quelques rares occasions, il peut nous arriver d’utiliser un produit de synthèse (pas plus d’une à trois fois par an). Dans tous les cas, la réglementation concernant les délais nécessaires avant la mise en vente est toujours respectée. Nous allons continuer sur cette voie.

Nous ne souhaitons pas nous convertir à la culture biologique dans le futur proche et cela pour des raisons liées à la conservation des formes fruitières historiques. Le grand chantier que nous abordons actuellement est celui de la gestion des plantes spontanées, les mauvaises herbes.

Je voudrais ici apporter une note personnelle. En 1969, quand je suis arrivé au Potager du Roi, l’entretien des 9ha était entièrement fait à la binette. Après deux ans passés entièrement au maniement de la binette, j’ai introduit l’utilisation des herbicides. C’est une des techniques qui a permis de faire face à la diminution constante du nombre d’heures de travail dans le Potager du Roi.

Aujourd’hui, et sans que la question de cette diminution du nombre d’heures soit résolue, nous – l’équipe des jardiniers du Potager du Roi – sommes en cours de réaliser le même changement dans la gestion des mauvaises herbes que nous avons déjà réussi pour les maladies et les ravageurs. À cette différence : cette nécessaire évolution des pratiques s’accompagne d’un changement général de l’aspect du jardin. Nous passons d’un jardin propre à un jardin moins propre, plus naturel.

Nous n’avons pas l’intention d’éliminer rapidement et totalement l’utilisation des herbicides, même si cela est un des objectifs à moyen terme. Nous utilisons, ou devrais-je dire, nous testons toutes les possibilités culturales et techniques pour faire baisser de manière radicale la quantité d’herbicides utilisée au Potager du Roi. Cela ne peut se faire sans l’aide de toutes les personnes impliquées dans la culture du Potager. »

J. Beccaletto, mars 2007 


 
La loi Labbé de 2014 a interdit à partir du 1er janvier 2017 aux personnes publiques d’utiliser/faire utiliser des produits phytosanitaires de synthèse pour l’entretien des espaces verts, forêts, promenades et voiries (sauf pour des raisons de sécurité ...) accessibles ou ouverts au public.
 
Si les produits phytosanitaires d’origine biologique, les produits de biocontrôle et les produits naturels peu préoccupants restent autorisés, des délais de ré-entrée sur parcelles (pouvant aller jusqu’à 48h) et des délais avant récolte (jusqu’à 14 jours pour la bouille bordelaise) s’appliquent pour les espaces traités. Le maintien de ces traitements au Potager du Roi impliquerait ainsi la fermeture du site aux visiteurs, de manière régulière, parfois soudaine (en fonction par exemple des conditions climatiques), en contradiction avec les ambitieux objectifs de développement de la fréquentation (100 000 visiteurs).
 
Il est d'ailleurs intéressant de rappeler que le Potager du Roi n’a accueilli ses visiteurs qu’au compte-goutte jusqu’à son ouverture généralisée au public en 1991. Porté par Michel Racine, architecte, urbaniste, paysagiste, auteur de nombreux ouvrages sur les jardins et le paysage et enseignant à l’École nationale supérieure de paysage, le projet d’ouverture au public de 1991 avait pour objectif une fréquentation de 30 000 visiteurs. Atteint aujourd’hui, l’objectif est désormais porté à 100 000 visiteurs, en lien avec les missions de valorisation du site auprès d’un large public.
 
Au Potager du Roi, les traitements réalisés depuis la fin du 19ème siècle avec du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise - traitement autorisé en agriculture biologique) contre les maladies fongiques ont abouti à des taux de cuivre dans le sol à la limite de la toxicité pour les plantes (en 2011, la concentration de cuivre a été mesuré à 82 mg/kg dans le coin sud-est du Grand Carré). La régénération des sols du Potager du Roi fait partie des priorités pour assurer la bonne conservation et transmission du bien.
 
 
 
 


Traitements Ancien 1
 
 
 
 


Traitements Ancien 2
 
 
 
 

Photos : Fonds ancien