Les murs à palisser du Potager du Roi - nouveaux travaux en 2021 (partie 1)

22 mars 2021

 
 

Par Antoine Jacobsohn

Depuis janvier 2021, trois grands pans de murs sont en travaux au Potager du Roi : le mur partiellement effondré entre les jardins 5e des Onze et Duhamel du Monceau (dit aussi M19A) ainsi que les deux murs qui bordent le côté sud du Grand Carré et séparent la Terrasse sud de la Terrasse nord (dits aussi M17B et C).

 
 
 
 
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Système racinaire d'un sureau installé dans le mur situé entre les Terrasses nord et sud, 15 janvier 2021. Photo : Isabelle Panis

Selon l'évolution de la pandémie, nous espérons être de nouveau autorisés à recevoir des visiteurs vers la fin du printemps ou au début de l'été. D'ici là, aux trois pans de murs actuellement en travaux vont s'ajouter cinq autres :

  • un court tronçon très endommagé qui sépare les jardins 1er des Onze du 2e des Onze (dit M2C) ;
  • les 4 pans qui bordent le côté nord du Grand Carré (dits aussi M11B, C, D et E) : plus concrètement, ces 4 pans constituent le mur qui sépare la Terrasse La Quintinie des jardins de la Melonnière et de la Figuerie, au nord.


Tableau 1. Les murs à palisser en cours de restauration en 2021

Désignation du mur (1). Numéro

Désignation du mur (2). Lieu

Longueur du mur restauré, en mètres linéaires

Longueur des façades à enduire, en mètres linéaires

M19

A

Entre les jardins 5e des Onze et Duhamel du Monceau

61,6 ml

123,2 ml

M17

B et C

Entre le Grand carré (au Nord) et les Onze jardins (au Sud)

175,6 ml

351,2 ml

M2

C

Entre les jardins 1e et 2e des Onze

Environ 5,0 ml

10,0 ml

M11

B, C, D et E

Entre le Grand carré (au Sud) et les jardins de la Melonnière et de la Figuerie (au Nord)

150,7 ml

301,4 ml

TOTAL

 

392,9 ml

785,8 ml

Total des murs à palisser du site

 

 

4 900 ml


Chacun de ces murs a sa propre histoire. Dans cette première partie, nous aborderons ainsi l'histoire de ceux qui sont déjà en cours de réparation et de restauration.

 
 
 
 

D’un mur de clôture à un mur de soutènement : le M19 A

À la création du jardin, entre 1678 et 1683, ce mur constituait la clôture de l'extrémité sud-est. La façade exposée au nord était couverte d'espaliers, probablement des azéroliers (Crataegus azarolus) et des poiriers, et l'ajout du « clos aux asperges », à partir de 1698-1699, a permis au côté exposé au sud d'être lui aussi planté avec des arbres fruitiers.

À la fin du 18e siècle, au moment de la création du parc Balbi (autour de 1785-86), les archives indiquent que ce mur a été entièrement reconstruit. C'est le moment où le mur séparant le 10e et le 11e des Onze a été éliminé pour créer un seul jardin plus important, appelé aujourd'hui le 5e des Onze. Il est probable que le mur d'origine était fourré à double parement, c'est-à-dire que l'intérieur du mur était rempli de pierres fixées entre-elles à l'aide d'un mortier à base de sable jaune ou de terre. La présence en ré-emploi d'un pied cassé de banc sculpté, utilisé en tant que pierre traversante liant les deux parements, témoigne de la date de reconstruction étant donné que la sculpture en relief est dans un état remarquable de conservation. La pierre sera extraite lors des travaux et sera exposée ultérieurement.

La forme du mur est légèrement pyramidale, c'est-à-dire que le mur est plus large à sa base qu'à son sommet. Si le mortier pour les ¾ de la hauteur du mur est à la chaux, pour sa dernière partie, sous la faîtière de tuiles plates, il est composé de plâtre.

Pour sa part, la dernière restauration de la faîtière date de la fin du 19e siècle, comme en témoignent des graffitis d'ouvriers sur le côté nord-ouest. L'enduit côté sud est au plâtre ou au plâtre et à la chaux et pourrait dater de la restauration de la faîtière. L'enduit côté nord est en ciment fin et pourrait dater d'avant ou de juste après la guerre de 1939-1945.

 
 
 
 
Effondrement du mur en octobre 2013

Effondrement du mur en octobre 2013. Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 
Le pied de banc cassé incrusté dans le mur

Le pied de banc cassé incrusté dans le mur. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
L’équipe du chantier d’insertion Bleu oxygène, printemps 2014

L'équipe du chantier d'insertion Bleu oxygène, printemps 2014. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 

À la fin du 18e siècle, lors de la reconstruction de ce mur, la Terrasse qui le borde à l'est et la rampe de sortie par la Grille des Bourdonnais n'existaient pas encore. C'est entre 1820 et 1840 que ces nouveaux aménagements ont été réalisés.

Du côté est, une partie du bas du mur a été recouverte de terre et, de fait, le mur de clôture est devenu un mur de soutènement. Sa structure en revanche n'était pas adaptée à ce fait à cause notamment de la pression latérale exercée par la rétention de la terre côté sud (sans renforcement conséquent du côté nord) et le contact direct avec l'humidité retenue par le sol. Ajoutez à cela la différence d'enduits de chaque côté (voir l'article pour plus d'informations sur cette question) et un entretien déficient de la faîtière qui ont conduit à l'effondrement d'une portion de ce mur en octobre 2013.

En 2014, grâce à l'intervention d'un chantier d'insertion, l'espace a été sécurisé et un projet de reconstruction a été initié. Le chantier a dû être arrêté en 2015 par manque de financement.

En 2021, dans le cadre de la reprise de la reconstruction et de la restauration de ce mur, il a été proposé qu'une partie des fondations soient réalisées en pierres sèches pour garantir que l'eau en provenance des sources et des parties hautes au sud du Potager du Roi puisse traverser le mur. Ainsi l'eau pourrait rejoindre, tout au moins partiellement, le ru canalisé du quartier Saint Louis. Ce ru pénètre le Potager du Roi dans le coin sud-est du jardin et longe le mur (M19) jusqu'au 2e des Onze, où il s'oriente vers le sud et termine sa course dans la pièce d'eau du parc Balbi.

 
 
 
 
Le ru canalisé, ici à découvert en octobre 2014

Le ru canalisé, ici à découvert en octobre 2014. Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 
L’accumulation d’eau dans la tranchée

L'accumulation d'eau dans la tranchée. Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 
La société Chapelle a évacué l’eau par le ru canalisé et prépare les travaux des fondations, en mars 2021.

La société Chapelle a évacué l'eau par le ru canalisé et prépare les travaux des fondations, en mars 2021. Photo : Antoine Jacobsohn
 
 
 
 

D’un mur avec des multiples boutants à un mur sans appui : le M17 B et C

Le mur qui sépare le Grand Carré, au nord des Onze jardins et au sud, peut sembler simplement posé sur cette terrasse. En fait, comme en témoignent des fouilles ainsi que les pierres visibles dans les voûtes, le mur descend dans la terrasse peut-être jusqu'au niveau des jardins de chaque côté. C'est la conséquence et le témoignage du bouleversement qui a créé le site. Si, à partir des terrasses, les jardins semblent creusés, ce sont en fait les terrasses qui ont été surélevées. Et il est toujours utile de rappeler que même le niveau des jardins « creusés » est bien au-dessus du niveau du sol avant les grands travaux de déblais de la pièce d'eau des Suisses et de remblais du site du Potager du Roi.

 
 
 
 
Plan du potager

Le découpage en onze « balcons » de la Terrasse Sud du Potager du Roi est bien visible sur ce plan de la première moitié du 18e siècle. Source : Bibliothèque nationale de France, François-Mitterrand (BnF)
 
 
 
 

À la construction du côté nord, orienté vers le Grand Carré, le mur se présente comme quatre pans percés par des passages relativement étroits de la dimension d'une porte. Il est possible que ces passages aient été fermés par des portes en bois. Du côté sud, les murs de refend des Onze jardins traversent la terrasse et viennent s'appuyer contre le mur. Ce qui signifie que l'espace de la terrasse correspond à chaque fois au jardin en bas de la terrasse, c'est une sorte de balcon ou loge au-dessus du jardin. Pour passer d'une loge, d'un jardin à l'autre, les visiteurs passent par un passage relativement étroit. De nouveau, ces passages ont pu, à certains moments, être fermés par des portes en bois.

À partir du milieu du 18e siècle, certains plans ne représentent plus ces murs qui prolongent les jardins en-dessous et les archives n'ont pas encore confirmé la date de ces modifications.

Au plus tard en 1785-1786, la terrasse dite « Sud » est dégagée de ces murs de refend et le visiteur peut alors l'apprécier sur toute sa longueur sans interruption.

Entre 1820 et 1840, sous la conduite de Placide Massey, directeur du Potager du Roi (1819-1848), deux passages sont murés et le mur de quatre pans devient un mur à deux pans. Les passages restants sont alors élargis. Le couronnement en dalles de pierre doit son origine à l'architecte Charles-Auguste Questel et date du Second Empire. Ce n'est finalement qu'à partir des années 1860 que le mur présente l'étendue et la forme que nous lui connaissons aujourd'hui.

 
 
 
 
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Photographies de l'encadrement de la porte murée. Photos : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 

Comme celui situé entre les jardins 5e des Onze et Duhamel du Monceau, ce mur est à deux parements.

En revanche, il existe un certain nombre de différences notables :

  • Tout d'abord, il est moins pyramidal et, si la partie directement sous la couverture en pierres plates est réalisée avec un mortier de plâtre, la quantité est relativement réduite.
  • Le matériel de remplissage n'a ensuite pas la même provenance : les pierres sont plus conséquentes, le mortier est plus souple et le sable rougeâtre. Des bouts de briques d'un rouge très foncé ont été utilisés pour réparer le mur et, régulièrement, pour boucher les trous de boulin.
  • Tandis qu'aujourd'hui les échafaudages sont indépendants du mur ou alors «spités» au mur par le biais de tiges filetées, il fallait par le passé aménager une ouverture dans le parement pour pouvoir y glisser une traverse ou une petite poutre en bois et ainsi prendre appui.
  • La présence de trous de boulin n'avait pas encore été identifiée dans les murs à palisser du Potager. La datation des briques elles-mêmes serait encore à évaluer.
  • Les enduits des deux pans sont différents, que ce soit du côté nord et du côté sud. Il y a des parties en ciment, en plâtre et, peut-être, en plâtre-chaux.

Nous émettons l'hypothèse qu'une raison majeure de l'affaissement de ce mur se trouve dans le fait qu'au 20e siècle, les soubassements du mur - la partie à la jonction avec le niveau de sol de la terrasse - ont été largement rejointés et, sur de grandes longueurs, entièrement enduits en ciment. L'humidité capillaire a donc pu remonter au cœur du mur. Il faut ensuite y ajouter une certaine porosité du couronnement en pierres plates pour que la formation d'hernies et le décollement des deux parements deviennent inévitables.

Finalement, les ouvriers de l'entreprise Chapelle ont signalé la présence de pièces de bois à l'intérieur du mur. Pour autant, dès lors que l'intérieur du mur restait sec, ce n'était pas un danger supplémentaire. En revanche avec la présence de l'humidité, le pourrissement du bois a ainsi pu créer des fragilités.

La diversité des interventions et des matériaux témoigne du travail régulier effectué. Or cette régularité n'est pas positive si elle ne prend pas en compte le besoin d'une cohérence des réalisations pour atteindre une solidité et une durabilité notables.

 
 
 
 
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Décollements-effondrements d'un parement pendant les travaux. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
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Mortier de plâtre sous le couronnement de pierres plates, aperçu des fondations. Photo : Antoine Jacobsohn

 
 
 
 
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Un exemple de trou de boulin bouché avec des briques.

Dans une seconde partie, nous présenterons les histoires :

  • d'un mur sans appui à un mur support d'appentis : le M2 C
  • les secrets d'un mur prestigieux : le M11 B, C, D et E
Au fur et à mesure de l'avancée des travaux, nous rendrons compte des réalisations et nous évoquerons la remise en vie des sols ainsi que les plantations à venir.