Rencontre avec Charles Dubreux, jardinier au Potager du Roi

23 février 2021

 
 

Un jardin traverse le temps grâce au travail du jardinier. Dans le cas d’un grand jardin, c’est grâce aux jardiniers. Nous sommes allés à la rencontre de Charles Dubreux, jardinier au Potager du Roi depuis septembre 2020.

 
 
 
 
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Charles Dubreux au Potager du Roi, février 2021.

Charles Dubreux a récemment rejoint l'équipe dédiée aux arbres fruitiers au Potager du Roi. Il remplace un jardinier parti s'installer à son compte, en milieu rural, en tant que producteur de fruits et de légumes.

 
 
 
 

Pourquoi es-tu devenu jardinier ?

Je suis d'abord devenu élagueur. Mon premier contact avec le végétal, c'est l'arbre. J'aime le côté durable de l'arbre et le fait que le travail qu'on fait sur l'arbre n'est pas que pour soi. D'autres héritent de ce qu'on y fait. Quand je suis sorti du lycée, je pensais travailler dans le social, peut-être devenir assistant social, mais la formation ne s'est pas très bien passée. J'ai rencontré un élagueur qui a accepté de me prendre comme apprenti. J'ai fait les démarches nécessaires pour m'inscrire en alternance au Lycée agricole de Saint-Germain en-Laye pour obtenir le certificat de spécialisation « Taille et soins aux arbres ». J'ai beaucoup appris avec Frédéric Dauphin, mon maître d'apprentissage, dans son entreprise Arbre et nature. En 2010, je suis rentré au Service de l'arbre et des bois de la ville de Paris et, un peu plus tard, j'ai fait un autre certificat de spécialisation, toujours au Lycée agricole de Saint-Germain-en-Laye. C'est une bonne école. Mais c'est seulement maintenant que je deviens plus complet, plus jardinier, à prendre soin du sol, du végétal, de tout le système.

 
 
 
 
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Charles Dubreux dans le Grand Carré du Potager du Roi. Les jardiniers brossent les branches pour éliminer les mousses et les lichens qui peuvent héberger des nuisibles et affaiblir la plante. Photo : Isabelle Panis, décembre 2020.

Quel est ton premier souvenir du Potager du Roi ?

Quand j'étais petit, je suis souvent venu au Château de Versailles. Donc, pour moi, le Potager du Roi a toujours existé. Je n'ai pas de « premier souvenir ». Par contre, je me souviens bien de ma première visite. En 2015-2016, j'avais repris des études pour obtenir ma licence professionnelle « Gestion durable des arbres et arbustes en aménagements paysagers ». Et c'était pour profiter de ma carte d'étudiant que j'étais venu. Mes deux souvenirs les plus forts sont le jardin Duhamel du Monceau et le Grand Carré. Au Duhamel, il n'y avait pas les moutons et j'ai déambulé à travers tout l'espace et les différents arbustes. Au Grand Carré, il y avait la tonnelle de courges.

Comme tu le sais, la tonnelle n'existe plus et un système de production intensif s'installe à sa place. Est-ce que tu te souviens de la première fois que l'idée d'y travailler t'a traversé l'esprit ?

Il serait presque possible de vérifier la date. Je travaillais au Service des espaces verts de la ville de Versailles et François Moulin est venu nous former pour la première taille des pommiers et poiriers en contre-espalier de l'espace Richaud. Ça devait être en 2017. François Moulin était déjà à la retraite mais il a parlé de son expérience ici, en tant que responsable du jardin fruitier. C'était mon premier contact avec la taille fruitière. C'était une toute autre approche de la taille que ce que je connaissais. C'était beaucoup plus interventionniste que ce que je pratiquais et j'ai été impressionné par les connaissances et la technicité requises. Les arbres n'ont pas besoin de nous pour vivre et être en bonne santé. La taille a pour but d'adapter l'arbre a une contrainte et/ou un objectif. Dans le cas des fruitiers du Potager du Roi, c'est la formation puis l'entretien d'une forme architecturée stricte et la production fruitière qui justifient un tel niveau d'intervention et nécessitent un savoir-faire.

 
 
 
 
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L'équipe des jardiniers du Potager du Roi. Photo : Isabelle Panis, février 2021.

Est-ce que le travail de jardinier au Potager du Roi est difficile ?

Aujourd'hui, nous encadrons des adultes en formation de BPREA (Brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole) du Lycée de Saint-Germain-en-Laye. Le fait d'encadrer des personnes nous oblige à être capables d'expliquer, de formaliser, de questionner nos propres gestes. Il y a un vrai plaisir à transmettre ! Mais la taille en plein hiver, dans le froid, c'est assez éprouvant. Depuis la récolte de cet automne, quand je suis arrivé, le rythme est plutôt intense. Disons que c'est un métier où nous sommes tout le temps actifs physiquement.