Rencontre avec Isabelle Panis, jardinière au Potager du Roi

25 mars 2022

 
 

Propos recueillis par Antoine Jacobsohn

Un jardin traverse le temps grâce au travail du jardinier. Dans le cas d'un grand jardin comme le Potager du Roi, c'est grâce aux jardiniers. Pour ce cinquième portrait de jardinier, nous sommes allés à la rencontre d'Isabelle Panis, arrivée dans l'équipe d'arboriculture fruitière en septembre 2016. Propos recueillis par Antoine Jacobsohn.

 
 
 
 
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Portrait Isabelle Panis, Potager du Roi, mars 2022. Photo : École nationale supérieure de paysage.
 
 
 
 

Quel est ton premier souvenir du Potager du Roi ?

Mon premier souvenir du Potager, c'est le jour où j'ai lu son nom sur une offre d'emploi. Avant, je ne connaissais pas son existence. Je travaillais à l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) à Suresnes. La direction venait de nous annoncer que l'école allait déménager à Nanterre et je ne voulais pas y aller. J'ai donc commencé à chercher un poste ailleurs. La première offre que j'ai vu passer, c'était pour travailler au Potager du Roi. Avant mon entretien d'embauche, je suis venue visiter le Château de Versailles avec ma sœur. Nous nous sommes également promenées le long de la rue du Maréchal Joffre. La première fois que j'ai vu le jardin, c'était donc à travers les grilles ! Mon impression a été que c'était un jardin vivant, que tout n'était pas « propre ».

Est-ce que tu as un endroit préféré dans le jardin ?

Le « premier des Onze », parce qu'il y a tout à faire et que rien n'est immuable. Les parties cultivées, plantées, du Potager ont parfois quelque chose de figé. Le « premier des Onze », c'est l'espace technique. Nous en avons besoin pour bien travailler. Sans cet espace, le reste du jardin ne pourrait pas exister ; il faudrait néanmoins qu'on réussisse à en faire un endroit plus joli.

J'aime également le « quatrième des Onze » car chaque arbre y est différent. Les variétés et le travail que nous y faisons sont diversifiés. Aujourd'hui, nous ne cultivons plus les prairies et les plantes vivaces, mais cela reste un lieu qui produit beaucoup d'effets variés.

 
 
 
 
Poirier curé taillé par Isabelle Panis, « quatrième des Onze »

Poirier curé taillé par Isabelle Panis, « quatrième des Onze ». Photo : École nationale supérieure de paysage.
 
 
 
 

Pourquoi es-tu devenue jardinière ?

Quand j'ai été licenciée à 44 ans, je ne voulais plus travailler dans des bureaux. Je faisais beaucoup de randonnées avec mon compagnon et j'avais envie d'être en extérieur. Je l'ai dit à mon conseiller de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) qui m'a encouragée. Je suis entrée en contact avec une association pour faire du bénévolat pour savoir si j'allais tenir le coup physiquement. J'ai ensuite passé un Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) « Entretien de l'espace rural, option gestion différenciée ». C'est important d'avoir un diplôme, surtout en tant que femme, pour être prise au sérieux ! C'est un collègue qui m'a fait connaître l'ancienne école de plein air (INSHEA) à Suresnes. J'ai postulé et j'ai été prise tout de suite, car le jardinier partait à la retraite. C'était un jardin de 2,5 hectares pour lequel j'étais la seule jardinière.

 
 
 
 
Opilion ou faucheux sur un poirier du « quatrième des Onze », décembre 2021. Photo : Isabelle Panis

Opilion ou faucheux sur un poirier du « quatrième des Onze », décembre 2021. Photo : Isabelle Panis

Est-ce qu'il y a un geste de jardinier ou un outil que tu préfères aux autres ? Je te vois assez souvent faire des semis et prendre des photos de techniques, ou bien de type naturaliste, pour identifier les insectes et les maladies.

Le fleurissement me plaît. J'aime semer des graines et repiquer les plantes. J'aime mettre des couleurs dans nos jardins et j'aime tailler les arbres. Ce qui est difficile, en arboriculture, c'est que c'est très segmenté. On taille pendant plusieurs mois. On entretient le pied des arbres pendant plusieurs mois. On récolte pendant deux mois. On plante avant de recommencer à tailler. Il y a donc de longues périodes pendant lesquelles on fait toujours la même chose. C'est pour ça que les moments de fleurissement me plaisent. Apporter de la biodiversité, c'est important pour moi et pour le jardin.

 
 
 
 

J'ai remarqué que, dans plusieurs de tes photos récentes, tu mentionnes qui a taillé l'arbre.

Dans l'équipe, nous taillons tous selon les mêmes principes, mais nous ne les interprétons pas tous de la même manière. Sur un arbre donné, je fais tel geste pour obtenir tel résultat. Mais, comme nous taillons de nombreux arbres, nous ne nous savons plus, quelques semaines plus tard, quels sont ceux que nous avons taillés nous-mêmes. Nous avons donc décidé que certains arbres, dans certaines parties du jardin, seraient toujours taillés par la même personne, afin de mieux suivre leur développement. Nous avons également mis en place un moment durant lequel un jardinier taille trois arbres devant ses collègues pour connaître les particularités de chacun d'entre nous. Nous expliquons aux autres ce que nous faisons et pourquoi, car, comme je l'ai déjà dit, même si nous appliquons tous les mêmes principes, nous ne les interprétons pas de la même manière. Avec cette organisation, nous allons pouvoir commencer à comparer entre elles les différentes méthodes historiques de taille.
 
 
 
 
Un arc en ciel au Potager du Roi, décembre 2021. Photo : Isabelle Panis

Un arc en ciel au Potager du Roi, décembre 2021. Photo : Isabelle Panis