Thèse de Racha El Dirani

 
 

Direction : P. Donadieu

Beyrouth : espaces publics d'exclusion et de ségrégation sociale
Thèse soutenue le 1er décembre 2009

 
 
 
 

Résumé

Tout au long de son histoire, Beyrouth a connu des bouleversements dus à la composition complexe de la société libanaise et à l'ouverture du Liban sur la communauté internationale. Baptisée « ville d'Orient marquée par l'Occident » par Helmut Ruppert1, Beyrouth est une ville où la question des identités sociales2 était une des causes principales d'un conflit qui a duré plusieurs années. Robert Ilbert3 considère Beyrouth comme un espace réduit et paradoxal qui a subi des tensions internationales exceptionnellement concentrées ; ces tensions ont déclenché au Liban et surtout à Beyrouth plusieurs guerres. Un des effets tangibles de ces conflits géopolitiques a été sa division4 en deux parties : « Beyrouth-Est » à majorité Chrétienne et « Beyrouth-Ouest » à majorité musulmane. Pour illustrer sa complexité d'une façon simple, nous dirons que la société beyrouthine est principalement constituée de deux communautés : une communauté chrétienne, plutôt influencée par les cultures occidentales et notamment européennes, et une autre musulmane, plutôt façonnée par les cultures arabes.

Pierre Bourdieu5 précise que les grandes oppositions sociales objectivées dans l’espace physique (capitale/périphérie, rive droite/ rive gauche, Beyrouth Est/ Beyrouth Ouest…) tendent à se reproduire dans les esprits et le langage sous forme d’oppositions constitutives d’un principe de vision et de division, c’est-à-dire en tant que catégories de perception et d’appréciation ou de structure mentale ; ainsi est déplorée l’ancienne ligne de combat comme ligne virtuelle de division. Nous cherchons à savoir comment s’inscrivent les espaces publics de Beyrouth dans ce contexte de cloisonnement et de fermeture communautaire ? Quel est le rôle du paysage en tant que processus culturel de la relation de l’homme à son environnement6?

Le paysage est rarement évoqué dans les études portant sur la ville de Beyrouth. Peu d’analyses (pour ne pas dire aucune) ont traité les espaces publics de Beyrouth en tant que paysages urbains ni les paysages urbains en tant qu’espaces publics, lorsque l’espace public devient paysage ou bien lorsque le paysage devient espace public. Pourquoi l’espace public ? Parce que c’est là où la population s’expose ce qui pose une question légitime : Pourquoi une personne X choisit l’espace E1 et pas l’espace E2 de plein air pour passer son temps libre de récréation ? Quels sont les facteurs qui stimulent le plus des usagers à fréquenter un lieu paysager? Est-ce sa mémoire ? Est-ce son aménagement ? Est-ce son bon entretien ? Est-ce sa proximité ? Est-ce la sécurité ? Est-ce son identité ?  

Dans Beyrouth, et après 15 ans de guerre et avec une ligne virtuelle qui divise toujours cette ville en deux parties, existe-t-il des lieux publics de rencontre que Nous appelons espaces publics de cohabitation ? Est-on confronté à des espaces publics communautaires exclusifs que nous appelons espaces publics d’exclusion ? Notre étude consiste à étudier la construction des lieux publics paysagers (in situ ou in visu) et de leur identité en rapport avec les différents groupes sociaux de la ville et de leur identité religieuse et culturelle. Par qui ces lieux sont-ils fréquentés ? Quels y sont les usages, les pratiques et les mémoires de ces lieux ?


1 Helmut Ruppert, Beyrouth, une ville d’orient marquée par l’occident, traduit et présenté par Eric Verdeil, [édition originale en allemand 1969], Beyrouth, Les cahiers du Cermoc n° 21, 1999.
2
Voir sur ce sujet, Ahmad Beydoun, identité confessionnelle et temps social chez les historiens libanais contemporains, Beyrouth, publication de l’université libanaise, librairie orientale, 1986, Youssef M. Choueiry, « Arab and the Nation State », in Modern Arab Historiography, 1820-1980, London, Routledge, 1989 et Kamal Salibi, Maronite Historians of Médiaeval Lebanon, Beyrouth, Nawfal Group, 1991.
3
Robert Ilbert, Villes méditerranéennes en mouvement, le courrier du CNRS, n° 82, p. 77.
4
Michael F. Davie considère que cette division remonte au-delà des quinze dernières années de guerre plus ou moins continue, il indique que la guerre a simplement consolidé une situation préexistante, mise en place dès le milieu du XIX° siècle. Le cloisonnement confessionnel d’une ville : le modèle Beyrouthin, Mappemonde 4/1991, p. 8.
5
Pierre Bourdieu, « Effets de lieu », La Misère du monde, Paris, Seuil, 1993, p. 159-167.
6
Augustin Berque, les Raisons du paysage,  De la chine antique aux environnements de synthèse, Paris Hazan, 1995, cf. également Médiance. De milieux en paysages, Montpellier, Reclus, 1990.
 
 
 
 
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